Plastic Beach

Depuis notre départ nous vous parlons des beaux paysages que nous voyons, des belles rencontres, des beaux sites que nous visitons, mais une réalité nous suit depuis notre entrée au Mexique et tout au long de notre parcours des pays d’Amérique Centrale : la pollution.

Partout elle est sous nos yeux : le long des routes, sur les plages, dans les bois et même au sommet de certains volcans. Papiers, ordures ménagères, bouteilles, voitures démolies, pneus, tout y est. Il faut parfois faire preuve de contorsion pour éviter de les mettre dans nos photos. Au début ça choque, peu à peu on s’y habitue, mais un jour arrive un point de saturation. Ce point, pour nous, fut atteint au Mexique, sur la côte de la péninsule du Yucatan dans la réserve de Chan Ka’An près de Tulum. Dans ce parc national, zone protégée, inscrite au patrimoine de l’Unesco, nous avons campé durant quatre jours sur la plage, face à la mer. Quelle ne fut pas notre dégoût de voir tous les déchets répandus le long de cette côte magnifique, partout sur le long de la route, sur les chemins d’accès à la mer, ainsi que sur tous les emplacements de camping dont le nôtre. Après avoir blâmé ces gens malpropres qui viennent se rafraichir au bord de la mer et laissent leurs déchets derrière eux, nous avons compris que plus que tout ce que les gens peuvent laisser, la mer déverse tous les jours une quantité phénoménale de plastique sur la côte. Les deux effets combinés donnent un résultat dévastateur sur l’environnement.

Ce fameux matin de saturation, nous avons voulu aller nous baigner. En nous approchant de l’eau, non seulement la mer nous apportait des bouteilles, des sacs, des gros morceaux de plastique mais aussi de tout petits morceaux de toutes les couleurs, résultat de la dégradation en mer d’objets beaucoup plus volumineux suite à un long voyage. Pour preuve, nous avons ramassé des objets portant le nom de pays aussi éloignés qu’Haïti et le Venezuela. Finalement, nous ne nous sommes pas baignés et nous sommes allés ramasser ce qui arrivait, vagues après vagues. Notre travail terminé, nous avons constaté que ce que nous venions de faire ne changeait en rien le paysage que nous avions sous les yeux : des tonnes de déchets jonchaient toujours cet endroit merveilleux. Le pire de tout, peut-être, ce n’est pas tous ces gros objets que nous voyons et pouvons ramasser mais ces milliers de tout petits morceaux qui sont presque impossible à attraper. Ceux-là risquent de naviguer encore longtemps et finir dans l’estomac d’un poisson.

L’idée nous est alors venue de publier les photos de notre «pêche» en montrant les noms des entreprises encore visibles malgré des mois passés en mer. Nous ne voulons pas seulement incriminer les compagnies – ce ne sont pas elles qui ont mis ces objets à la mer. Toutefois, comme industries utilisatrices de ces contenants, elles partagent la responsabilité de cette pollution avec ceux qui s’en débarrassent dans la nature. En choisissant le plastique comme matériau de base, sans mettre en place d’incitatifs de recyclage sur une grande échelle, voir mondial – il faut bien rêver un peu – c’est à ce résultat que l’on s’expose.

À l’heure où l’on parle d’environnement et de réchauffement climatique, il ne faut pas oublier les dommages irréparables que l’on cause à notre planète avec tous nos déchets. Très honnêtement, après ce voyage et tous les déchets que nous avons vus et qui jalonnent tout un continent, nous doutons que notre planète puisse être sauvée. Il faudrait que chaque jour, des hommes et des femmes nettoient, que les gouvernements de chaque pays mettent en place des systèmes de recyclage et de ramassage des déchets et que chacun soit conscient de ses gestes envers notre planète. Il faudrait peut-être aussi que les grandes corporations qui fabriquent ces produits s’investissent dans la sensibilisation et la récupération de leurs productions et que les gouvernements fassent leur part dans l’éducation de leur population. Partout. Mais c’est difficile d’y croire. Soit, luttons contre le réchauffement climatique, mais si nous ne faisons rien pour récupérer et traiter nos rebus de plastique, nous mourrons de toute façon sous nos déchets multicolores.

En publiant cet écrit, «Plastic Beach», nous espérons faire connaître aux gens une réalité que nous ne voyons pas dans nos pays riches : les déchets qui jonchent notre Terre. Nous ne voulons faire de morale à personne mais seulement faire réfléchir sur notre consommation de plastique. Peut-on consommer différemment ? A-t-on besoin d’acheter une bouteille d’eau alors que nous avons la chance d’avoir de l’eau potable qui coule de notre robinet à la maison ? Peut-on acheter certains aliments en vrac (comme le riz) et le mettre dans un contenant de verre réutilisable ? Peut-on acheter nos détergents en vrac également ? Les gestes que nous posons ont des répercussions à des milliers de kilomètres. Nous l’avons constaté.

One thought on “Plastic Beach

  1. Quel spectacle désolant en effet. Au point où on en est, ce n’est plus ce que la planète peut faire pour nous (nous nourrir, abriter, enrichir,etc.) mais ce que nous pouvons faire pour la planète. Car l’environnement, c’est nous. De désigner « l’environnement » comme une notion presque abstraite, extérieure à nous comme le font les gouvernements est une erreur fondamentale.

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