Une complexe réalité

Onze mois sur la route, neuf mois en Amérique Latine et j’ai l’impression de n’effleurer que du bout des doigts cette région du monde. En tout, nous resterons tout de même 4 mois au Mexique mais cela ne suffit pas à me donner l’impression d’entrer dans la complexité de cette société.

Bien sûr, j’en comprends des fragments et puis tout à coup, un livre, une photo, une exposition, un article de journal me ramène en pleine figure que je ne sais rien, ou pas grand chose. Chaque fois, pourtant, j’ai l’impression d’ajouter une petite pierre à mon puzzle.

Pour nous, le Mexique est un pays magnifique, agréable avec des gens charmants avec qui nous partageons des moments sympathiques. À aucun moment, nous n’avons perçu la violence qui est endémique dans ce pays. Nous sommes maintenant à Mexico depuis une semaine et pas une fois nous nous sommes sentis en danger ou nous n’avons perçu de tension.

Je me souviens d’une discussion avec un homme âgé au Chiapas qui me demandait comment je trouvais son pays. Après m’avoir écouté, il a ajouté : mais c’est aussi un pays violent qui peut être dangereux. Pourtant, rares sont les voyageurs avec qui j’ai parlé qui ont perçu cette violence.

En voyageant à travers la campagne mexicaine, on voit la pauvreté. Après avoir roulé 11 000 km dans ce pays et 9 000 à travers l’Amérique Centrale, on voit les disparités énormes entre riches et pauvres. Ce sont des disparités inimaginables au Canada. On voit des enfants, des femmes, porter leurs fagots de bois sur leurs dos sur les routes du Chiapas, les femmes laver le linge à la main dans les rivières ou dans leur cour et l’eau qui s’écoule à leurs pieds, des maisons en terre avec un toit de feuilles de palmier dont le plancher est en terre battue, des cours arrière où jonchent les déchets. Puis, on arrive dans une grande ville et là, c’est l’effervescence avec bars, restaurants, grosses voitures dans certains quartiers.

Nous voyons très peu de mendicité dans les villes – nous n’en avons jamais vue dans les campagnes. Beaucoup de gens font des petits boulots dans les rues : vente de peignes, de cigarettes, de nourriture en tout genre – les gens se promènent avec leur panier et proposent tamales, fruits et autres plats régionaux. Il y a des kiosques de babioles, de tacos, de jus de fruits. À chaque caisse de supermarché il y a une personne pour emballer les achats du consommateur – ces personnes ne sont payées que par les pourboires des clients. Tout le monde ou presque semble occupé à faire quelque chose même si ce quelque chose reste très précaire.

Avec un peu d’attention, on se rend compte de certaines situations : beaucoup de femmes ont un œil au beurre noir, beaucoup d’enfants vendent des babioles dans les rues ou cirent les chaussures, beaucoup d’autres ont l’air épuisé dans les bras de leurs mères ou en marchant à côté d’elles dans la rue. Beaucoup de vendeurs de rue sont des femmes avec un enfant ou plus, accrochés à leur cou ou leur taille. Les enfants sont toujours avec des femmes rarement pour ne pas dire jamais avec des hommes.

En même temps, au Mexique (et dans plusieurs pays d’Amérique Centrale) nous voyons beaucoup d’homosexuels et de transgenres dans les rues des grandes villes mais aussi des villages. Cette société très religieuse semble avoir une certaine ouverture quant à l’orientation sexuelle mais refuse pourtant aux femmes l’accès à l’avortement sauf en cas de viol, excepté à Mexico où l’avortement est légal – la plupart des pays d’Amérique Centrale refuse aux femmes l’accès à l’avortement et parfois même en cas de viol ou de danger pour la mère ou le futur enfant.

Lorsque nous étions au Nicaragua, nous avons eu la chance de passer du temps avec des jeunes dans la vingtaine et de discuter de la vie avec eux. Ce moment nous a permis de toucher à une autre réalité, celle qu’on ne voit pas : l’économie parallèle (l’échange et le prêt de confiance sans intérêt dans la communauté pour permettre la survie), la place des femmes dans le monde du travail et l’influence de la religion au sein du couple, les espoirs et l’influence des politiques sur les libertés. Tous ces sujets, nous les avons effleurés, seulement effleurés.

Autant de temps passé en Amérique Latine et nous en savons si peu. Nous revenons avec une meilleure connaissance d’une partie de ce continent mais en même temps, si minime. Et je ne parle pas de l’histoire préhispanique qui est complexe, riche et surtout méconnue. Nous avons visité des sites archéologiques, des musées, parlés avec des gens pour mieux comprendre ce monde dont on ne parle pas dans nos écoles nord-américaines et françaises – ou alors si peu que nous avons l’impression que l’histoire ne commence qu’avec l’arrivée des blancs, qu’avant, ce n’était que balbutiement alors que des sociétés complexes existaient (Tenochtitlan-Mexico était plus peuplé que Paris à l’arrivée de Cortès).

Nous revenons après un an de voyage avec une meilleure connaissance de notre monde mais en même temps avec la conscience que nous en avons beaucoup a apprendre et que nous n’avons fait qu’effleurer une facette de sa complexe réalité. Par contre, nous avons pris conscience de son existence.

6 thoughts on “Une complexe réalité

  1. Salut Paul, c’est Sébastien Gagnon ton ancien co-équipier de touch-football. C’est fou de réaliser que ça fait déjà 1 an que vous avez commencé votre trip!

    Je suis pas mal jaloux, moi qui est amoureux fou du Mexique et qui n’en a vu que plusieurs ptits bouts mais bien rapidement. Je pense un jour y rester un bon 6-9 mois et l’explorer à fond.

    Je ne sais pas où vous êtes maintenant mais n’hésitez pas à visiter les merveilleuses villes de Queretaro, San Miguel, Guanajuato, Real de catorce, Zacatecas, San Luis Potosi…

    Ciao, bonne continuation!

    1. Salut Sébastien

      Content de voir que tu nous suis. Nous avons effectivement vu plusieurs de ces belles villes. Je te souhaite vraiment de pouvoir y passer quelques mois à ton tour. C’est vraiment un pays fantastique.
      Au plaisir de te revoir à notre retour.
      pm

  2. Vraiment hâte de vous revoir enfin mes amis et de vous entendre de votre belle voix. Passionnant de vous lire mais ce sera tout autant de vous écouter.
    Grosses bises à vous deux. xxxx

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