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On s’habitue à tout, il paraît

Nous sommes sur la route depuis 8 mois et on s’y habitue. Changer de pays, changer de paysage, se réveiller sur le bord de la mer ou au bord d’un lac, être entouré de montagnes majestueuses, être entouré de chants d’oiseaux. Tout cela devient du quotidien et souvent je me surprends à trouver tout cela normal. Alors, je me donne une tape sur la joue. Non ! Ce n’est pas vrai que je vais devenir blasée de ces lieux magnifiques que la Terre nous donne. Je respire et me force à observer, vraiment observer, ce qui est autour de moi pour ne pas oublier une lumière, un son, une odeur. Juste un détail qui me fait sentir partie prenante de ce qui m’entoure et pas seulement une spectatrice.

Sandy Cay, notre île déserte pour 2 jours au Honduras
Sandy Cay, notre île déserte pour 2 jours au Honduras

On s’habitue à tout, il paraît, même aux déchets sur le bord des routes, dans les cours d’eau, sur les plages. On sait pertinemment qu’on ne se baigne pas dans les lacs ni les rivières en Amérique Centrale. On peut le faire, mais c’est en connaissance de cause ou en espérant, encore, que ce ne sera pas trop pire. On regarde la couleur de l’eau même si la pollution n’a pas toujours de couleur. Mais on s’y fait. On ne remarque plus les déchets mais leur absence. On reconnaît les odeurs de décomposition et de brûlage de déchets en une seconde. On s’habitue à voir les femmes laver leur linge dans les cours d’eau – pas de machine à laver ici. Comment demander à un pays qui a des problèmes de pauvreté, de stabilité politique parfois, d’éducation, de violence de s’occuper de ramasser ses déchets et de faire des campagnes de sensibilisation sur la pollution. Tout cela demande une structure et des infrastructures. Il y a bien des initiatives et les citoyens écrivent à la peinture sur des pancartes « No tirar busura ». Des pancartes jalonnent les routes « No botar basura ». Mais ces invitations au respect de l’environnement ne sont pas suivies. Certains affichages expliquent que le respect de l’environnement est une question d’éducation et incite les enfants à en faire preuve. Des poubelles de tri sélectif sont aménagées mais quand il n’y a pas ou peu d’infrastructures pour les ramasser, que peut-on reprocher aux citoyens ? Ils se débrouillent pour se débarrasser de leurs déchets. Très souvent ils vont brûler ces détritus et une fumée noire, assortie d’odeurs nauséabondes, vont s’en dégager. On n’essaie de ne pas s’y habituer et nous nous faisons un point d’honneur à ne rien jeter hors d’une poubelle. Par contre, on sait très bien où finira notre poubelle. Nous qui étions si prompt à jeter nos eaux usées dans les toilettes seulement et jamais dans l’environnement, nous avons perdu cette habitude. Mais que fait-on quand il n’y a pas d’infrastructure pour gérer nos déchets et nos eaux usées ? Le Costa Rica n’a plus se problème de gestion des déchets, des initiatives de dépollution des cours d’eau et des lacs se mettent en place au Nicaragua. Petit à petit, les comportements vont changer et les infrastructures se développer. En espérant qu’il ne soit pas trop tard.

No botar basura aqui
Ne pas jeter de déchets ici

Il paraît que l’on se fait à tout, même aux enfants qui trainent dans les rues et quémandent de l’argent ou de la nourriture ou aident leurs parents dans les travaux quotidiens : ramassage du bois, cueillette du café, réparation des routes, etc. Beaucoup d’enfants travaillent avec leurs parents avant ou après l’école qui se donne le matin ou l’après-midi. Toutefois, on constate que certains n’on pas trouvé le chemin qui les y mène même si l’école est obligatoire. Comment reprocher à des parents de ne pas mettre leurs enfants à l’école quand il faut rapporter de l’argent pour faire survivre la famille ? À court terme, le travail des enfants rapporte plus mais à moyen et long terme, tout le monde sort perdant. Au départ, on refuse de juger avec notre mentalité de citoyens des pays riches. Rapidement, on le fait car certaines choses ne sont pas acceptables à nos yeux. Il ne faut pas oublié que l’on ne voit qu’en partie la réalité de ces gens. Que fait-on quand il faut manger et qu’il n’y a pas de système d’aide en place ? L’entre-aide existe mais l’assistance de l’état envers sa population ? On ne s’y habitue pas.

À Comitan, jeune cireur de chaussures
À Comitan, jeune cireur de chaussures

Il paraît que l’on se fait à tout même aux milliers d’églises de toutes confessions qui jalonnent chaque recoin de village, de route, de rue. Elles sont toutes là : chrétienne, évangéliste, baptiste, Jéhova, mormone. Nommez-les, elles sont là ! Elles proposent toutes une vie meilleure après celle-ci. Peut-on reprocher à quelqu’un d’espérer une vie meilleure surtout quand celle qui est bien réelle est difficile ? Peut-être que les alternatives d’une vie meilleure manquent de diversité ? En même temps, il y a beaucoup de femmes seules avec des enfants, parfois de pères différents. Mais n’oublions pas que l’avortement est interdit alors le choix est limité ou dangereux. Le travail des femmes n’est pas toujours bien vu car il entraine des divorces (dixit des personnes avec qui j’ai parlé) et en même temps j’ai rencontré des femmes fortes qui menaient leurs affaires seules.

Gracias, Honduras
Gracias, Honduras

Un gardien de stationnement où nous dormions nous a expliqué qu’il n’irait pas voter aux prochaines élections du Honduras car quelque soit l’homme élu, Dieu le regardait et le punirait s’il faisait quelque chose de mal. Comment peut-on espérer voir un pays avancer, sortir de la corruption, de la violence, de la pauvreté avec de tels propos ? Cet homme ne reflète pas toute la société à laquelle il appartient mais en même temps, il ne cessait de nous répéter « Dios es la verdad, el camino, la vida » – Dieu est la vérité, le chemin, la vie – et cette phrase, on la voit régulièrement écrite sur les murs des églises aussi bien que des maisons. Ce genre de maxime est présent partout : sur les voitures, les autobus, les devantures de magasins. Mais on ne se fait pas à voir autant d’enseignes jalonner chaque recoin d’un continent en vendant du rêve.

"Jehova est mon pasteur, rien ne me manquera. Merci mon Seigneur pour cette bénédiction."
« Jehova est mon pasteur, rien ne me manquera. Merci mon Seigneur pour cette bénédiction. »

Il paraît que l’on se fait à tout même aux milliers de chiens errants partout à travers l’Amérique Centrale. Que ce soit sur le bord d’une route, dans les rues des villes, dans un parc national, sur une plage déserte, il y a toujours un chien qui va arriver pour quémander de la nourriture et de l’attention. Il arrive toujours la queue entre les pattes, ne sachant pas s’il va recevoir un coup ou une caresse. L’état de ce meilleur ami de l’homme est souvent déplorable et l’on se demande souvent combien de temps il a encore à vivre. Entre le manque de nourriture et les voitures qui n’ont aucune sympathie envers eux, les chiens doivent avoir une espérance de vie assez courte. Mais il n’y a pas que la condition des chiens qui est choquante. Il y a ces chevaux maigres à faire peur ou morts sur le bord des routes, ces oiseaux à qui on a coupé les ailes et que l’on pose sur une balançoire ou dans une cage dans le coin d’un restaurant. Vraiment, on ne s’y fait pas.

Cocotte, notre chienne pour quelques jours
Cocotte, notre chienne pour quelques jours

Malgré tous ces aspects de l’Amérique Centrale auxquels on ne s’habitue pas, j’aime ce continent : ses habitants, ses cultures, ses paysages, son humanité. J’ai rencontré une femme au Honduras qui a travaillé dans son pays avec beaucoup d’étrangers qui venaient comme coopérants dans une institution médicale. Elle m’a dit : « Je me suis rendue compte avec ce travail qu’on est tous pareils, quelque soit notre pays. On est tous des êtres humains. » Il faut toujours se souvenir de ce constat si évident en fin de compte.

Bienvenidos a Honduras
Bienvenidos a Honduras

6 thoughts on “On s’habitue à tout, il paraît

  1. Nous revenons tout juste de l’Inde et je vois beaucoup de similitudes dans tes propos, de pays de grande pauvreté mais aussi de grandes beautés. Oui, c’est vrai qu’il ne faut pas oublier que ce qui nous relie c’est notre humanité, quelque soit d’où on vient.
    Merci de ton très beau texte. xxx

  2. Beau texte, merci. Ça me rappelle des souvenirs de plein d’autres voyages et j’ai moi aussi souvent été choquée par la façon dont sont traités les animaux dans tellement de pays. J’ai vu un chat terrifié se sauver à toute vitesse d’une bande d’enfants qui le pourchassaient à Jérusalem. J’ai vu des ânes maigres à faire peur au Maroc. Un gros chien encagé dans un minuscule appart à Paris…
    Et les déchets, ces foutus déchets qu’on jette même à la mer…
    Et tu as raison qu’on s’habitue à tout, même au paradis. Et qu’il faut ouvrir les yeux encore plus grands dans ce temps.
    Je ne partage évidemment pas votre point de vue sur la foi des Sud-Américains. De voir des messages de gratitude envers Dieu sur la voiture d’un quidam, je trouve ça beau, apaisant. Ça donne la force à ces personnes de persévérer malgré leurs conditions, de regarder la vie à moitié pleine plutôt qu’à moitié vide. Et si ça décourage certains à aller voter, tant pis pour eux… Moi qui n’a pas été baptisée, je ne vois pas les églises comme une institution de Dieu mais une affaire d’hommes.
    Bonne continuation!

  3. C’est un bijou à lire et à regarder! Merci pour ce beau texte et les magnifiques photos. J’ai l’impression de voyager (un peu) avec vous, c’est un bon exutoire à la vie frénétique que l’on mène ici au Nord. Hâte de vous revoir. xx

  4. Toujours un plaisir de vous lire ! Dis donc So tu va avoir les cheveux jusqu’aux fesses cet été ! Ça te va super bien. Vous semblez zen et serein. C’est beau de vous voir 🙂

    Profitez et comme tu dit : ne vous habituez pas !

    Xoxoxoxo
    BenAlXQ

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